La révision partielle de 2003

 

En remaniant la présentation du Pentateuque, la révision de 1988 avait maintenu une conception qui faisait des cinq premiers livres de la Bible une sorte de patchwork composé d’emprunts à quatre documents antérieurs, qu’on appelait respectivement « yahviste », « élohiste », « deutéronomiste » et « sacerdotal ». En 1999, l’AORB fut alertée sur le fait que cette conception qui prévalait encore dans les années 1970 se trouvait de plus en plus contestée et qu’une mise à jour s’imposait. L’AORB décida alors de confier celle-ci à une équipe – toujours œcuménique – de cinq spécialistes du Pentateuque : Olivier Artus et Jacques Briend, de l’Institut catholique de Paris, Jean-Daniel Macchi et Thomas Römer, de l’Université de Lausanne, et Jean-Marie Carrière, des facultés jésuites de Paris (Centre Sèvres).

L’équipe modifia peu la traduction mais reprit les introductions et l’annotation du Pentateuque partout où c’était nécessaire, en tenant compte des avancées de la science historique et critique. Selon le professeur Römer, l’esprit de la révision était celui-ci : « énoncer plus clairement les hypothèses, faire part des découvertes exégétiques et historiques récentes, et pratiquer une certaine retenue en ce qui touche aux affirmations doctrinales. » L’équipe a profité de l’occasion pour actualiser les introductions générales à la Bible et à l’A.T. et pour revoir le tableau chronologique en écartant les datations trop hypothétiques, par exemple celles des Patriarches.

 

 

 

Genèse 12, d’une édition à l’autre

TOB 1975 et 1988. Titre : « Vocation d’Abram »

(note m sur le titre) : Ce ch. appartient à la tradition « yahviste », excepté les vv. 4b-5 où l’on reconnaît le style « sacerdotal ».

(note n sur le v. 1) : Ce départ pour un pays inconnu est à l'origine de la grande « maison », ou famille qu’Abraham, appelé par la tradition tant juive que chrétienne le « Père des croyants », va fonder. Autour du patriarche va se reconstituer au cours d’une longue histoire l’unité de l’humanité brisée par la faute des hommes dont l’épisode de la tour de Babel fut une des illustrations. Cette marche d’Abraham d’Our en Chaldée c.-à-d. du sud de la Mésopotamie vers le nord, à Harrân, puis dans la région de l’Ouest, pourrait se situer au 2e millénaire av. J.C., probablement dans sa première partie, lors de divers mouvements de populations dans le Croissant Fertile.

TOB 2004 et 2010. Titre : « Vocation d’Abram »

(note sur le titre) : Ce départ pour un pays inconnu est à l’origine de la grande « maison » ou famille qu’Abraham va fonder. Autour du patriarche, l’humanité dispersée à la suite de l'épisode de Babel (Gn 11) va pouvoir se rassembler à nouveau. Gn 12 est en effet construit comme un « réponse » à Gn 11 : en Abraham, Dieu prévoit un nouveau départ pour toute l’humanité. La marche d’Abraham du sud de la Mésopotamie vers le nord, à Harrân, puis vers la Palestine, a souvent été interprétée comme reflétant des mouvements de populations au deuxième millénaire. Il est tout aussi possible de voir dans cette marche du patriarche une allusion au chemin qu’emprunteront les juifs exilés à Babylone.

« Le début de chaque note est d’ordre théologique, c’est-à-dire qu’il souligne le rôle du départ d’Abraham dans le projet narratif de la Genèse, et donc dans les intentions divines que le texte veut dévoiler. D’une édition à l’autre, les retouches sont surtout rédactionnelles.

La deuxième partie est d’ordre historique et répond à la question : cette migration a-t-elle vraiment eu lieu, et quand ? La première édition 1975 donnait une réponse prudente, mais plutôt positive : les historiens ont repéré divers mouvements de populations dans le Croissant fertile ; la migration d’Abraham pourrait être un d’entre eux. L’édition révisée 2004 maintient cette donnée, mais elle en change la rédaction de façon significative. Non plus : cela "pourrait se situer…", mais : cette marche a "souvent été interprétée..." Le passé composé a ici tout son poids et sous-entend : on l’a souvent interprétée ainsi mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et on ajoute une troisième donnée, absente de la première édition, qui nous transporte à plus de mille ans de distance. Nous ne sommes plus vers 1700, mais vers 530 av. J.-C. Qui va émigrer en réalité ? Non plus l’ancêtre, mais ses descendants, l’auteur de la Genèse faisant allusion au retour d’exil.

Qui parle ? Non plus une antique tradition, transmise de génération en génération on ne sait trop comment. Mais un responsable de la communauté du second temple qui encourage ses compatriotes en leur donnant Abraham en exemple. De qui parle-t-il ? Non pas vraiment de l’ancêtre lui-même, mais de tous ceux qui sont remontés de la captivité et dont les noms sont recensés en Esdras 2 ou Néhémie 7. » (Jean-Louis Déclais)

Publié dans un fascicule séparé en 2003, le travail fut intégré dans l’édition de la TOB « avec notes intégrales » datée de 2004. Il va de soi que l’édition dite « avec notes essentielles » a été immédiatement mise à jour de son côté.