L'édition 2010 : nouveautés traduction, annotation, tableaux et cartes

Après la révision du Pentateuque, une nouvelle édition de la TOB devenait nécessaire pour au moins deux raisons. En premier lieu, il convenait de revoir le reste de la traduction. En second lieu, une participation plus active de la partie orthodoxe était devenue possible.

Plus de vingt ans après la première révision générale, il fallait tenir compte des progrès de la science biblique. Nous avons aujourd’hui une idée plus précise de la datation de certains livres. Par ailleurs, nous bénéficions d’un meilleur éclairage historico-culturel du texte biblique grâce aux avancées de l’archéologie et de la recherche historique. De plus, en prolongement des réflexions contemporaines sur le phénomène de la lecture, nous sommes mieux à même de comprendre comment un livre aussi complexe que celui d’Ésaïe, par exemple, présente une unité jusqu’alors méconnue. Sur la base de ces constats, les introductions, d’une part, et l’annotation, d’autre part, ont été l’objet de modifications.

La traduction elle-même a été revue dans une double perspective. Tout d’abord, pour répondre à des remarques de lecteurs, on a, quand cela se justifiait, procédé à des retouches ponctuelles. Citons, à titre d’exemple, l’instrument de musique kinnor, qui a été rendu par « lyre » et non plus par « cithare » qui s’avérait anachronique. Ailleurs le français a été amélioré : ainsi on ne lit plus « lorsqu’Abimélek… », mais « lorsque Abimélek… » (Gn 26,8). Dans certains cas on a préféré au décalque, fidèle à la forme du texte original, une traduction plus fidèle au sens : ainsi en Mc 10,23 au lieu de « Qu’il sera difficile… ! » on lira « Qu’il est difficile … ! », car le futur a ici a une valeur moins temporelle que gnomique, c’est-à-dire de sentence. On n’entre pas dans les détails des améliorations de l’orthographe pour certains noms propres, ni de la correction de coquilles ayant survécu aux relectures des éditions précédentes, ni de la rectification éventuelle de la ponctuation ou de la remise en place d’un numéro de verset mal placé, voire d’un changement de sous-titre.

Ensuite, on a procédé à un certain nombre de retouches systématiques. Les premières ont porté sur les noms divins. La quasi-totalité d’entre eux comportait en effet les qualificatifs « puissant » ou « tout-puissant ». Or ces qualificatifs sont en réalité étrangers aux noms divins respectifs pour lesquels il faut trouver un équivalent français. Ainsi la séquence très fréquente « Adonaï (Elohim) Çebâoth », littéralement « le Seigneur (Dieu) des armées », qui était rendue par « le Seigneur (Dieu), le tout-puissant » a été revue en « le Seigneur (Dieu) de l’univers ».

Dans la même perspective l’appellation « Shaddaï », qui était rendue par « le Dieu Puissant » a été tout simplement transcrite. Les meilleures études récentes en effet reconnaissent ignorer complètement sa signification. À la première occurrence (Gn 17,1) une note apporte sur ce point les précisions utiles.

Le titre « pantokratôr », qui apparaît non seulement dans les livres deutérocanoniques de l’A.T. écrits ou transmis en grec, mais aussi dans le N.T., est uniformément rendu par « le Souverain ».

Certaines expressions idiomatiques, comme « endurcir le cœur » (Ex 4,21 etc.) ont été conservées dans leur forme décalquée, et leur signification élucidée alors dans une note. D’autres ont été rendues par un équivalent français adéquat. C’est ainsi que le décalque « parler au cœur » a été rectifié en « parler contre le cœur » (Es 40,2, Os 2,16) et signalé en note. Parfois l’expression idiomatique a été carrément traduite en d’autres mots comme en Gn 34,3 : « Il se prit d’amour pour la jeune fille et regagna sa confiance » (voir la note).

L’expression « guerre sainte » (Jos 6,4 ; Jr 51,27-28 ; Mi 3,5), utilisée aujourd’hui dans des contextes polémiques qui n’ont rien à voir avec la Bible, est devenue « guerre de Dieu ». « Conclure une alliance en faveur de » a fait place à « conclure une alliance avec », les « pasteurs » à « bergers », etc.

Le qualificatif « jaloux » accolé au nom divin, étant souvent compris au sens de « envieux », été remplacé par « exigeant ». Quant à la « jalousie » de Dieu, elle a fait place à son « zèle » dans les cas où Dieu prend le parti de son peuple, et à son « ardeur » quand il parle de lui-même.

Le verbe « prophétiser », quand il décrit l’activité du prophète, porte-parole de Dieu, ouvrait la porte à un contresens dans la mesure où il était compris au sens usuel de « prédire ». Il a donc été remplacé par « parler en/comme prophète ».

En ce qui concerne le N.T., à la suggestion de l’Amitié judéo-chrétienne de France, la traduction du grec Ioudaioi par « Juifs » dans l’évangile johannique a été entièrement revue. En français, le terme « juif » est susceptible de deux acceptions seulement selon les cas : (1) adepte de la religion juive, (2) descendant de Jacob-Israël. Or le grec de l’évangile johannique présente, outre celles du français, deux autres acceptions : il peut désigner aussi, selon les cas, soit (3) les habitants de la Judée ou Judéens, soit (4) les autorités du judaïsme d’alors, en l’occurrence les membres du sacerdoce de Jérusalem. Les acceptions (3) et (4) ne pouvaient donc pas être rendues de la même manière que les acceptions (1) et (2). Une équipe œcuménique a cherché à identifier l’acception convenable dans les 68 cas qui font ainsi problème dans l’évangile johannique, proposant chaque fois l’équivalent français que le contexte rendait satisfaisant.

Enfin, l’édition de la TOB 2010 voit une participation accrue de l’Orthodoxie. On se souvient que, lors de la première édition, celle-ci n’avait pu être que limitée (voir p. 00). Les conditions, aujourd’hui, ont permis un investissement plus important dans l’annotation de certains passages mais surtout dans l’adjonction des livres deutérocanoniques en usage dans la liturgie des Églises orthodoxes. Les pages qui suivent reviennent sur cette incontestable nouveauté. Avec l’appui de l’Institut Saint-Serge, elle a été menée à bien par une équipe œcuménique de traducteurs dirigés par le professeur Stefan Munteanu entouré d’un conseil scientifique composé de M. Hugues Cousin (catholique), Mme Valérie Duval-Poujol (protestante) et Mme Sophie Stavrou (orthodoxe).